enfant sur le pot
Parentalité

Acquisition de la continence : devenir « propre »?

Voilà une nouvelle compétence qui est bien acquise par ici, c’est la continence. Depuis notre séjour en camping au mois d’Août, le Petit Prince a décidé qu’il était plus amusant d’uriner debout dans l’herbe que dans une couche. Depuis, plus de couches ni le jour, ni la nuit, et à notre grande surprise, jamais d’accident. Jusqu’ici, il n’était pourtant vraiment pas intéressé par les toilettes, et nous l’avons laissé gérer sans nous poser trop de questions.

A vrai dire, nous nous attendions à laver des couches au moins pour la nuit pendant encore quelques années… Pour nous, il n’y avait rien d’autre à faire que de lui faire confiance et d’attendre qu’il soit prêt, on ne s’était pas vraiment mit la pression pour savoir quand ça arriverait ni comment. Et en effet, il a suffi que le déclic se fasse… Son copain de camping, un peu plus âgé, a visiblement été un exemple pour la continence autant que pour les gros mots (je ne suis pas vraiment sure de le remercier pour ça lol).

Cela m’amène à vous parler de l’acquisition de la continence sur le Baobab, parce que j’ai beaucoup de mal avec les termes employés autour de cette compétence, et parce que je pense que tous les parents font face aux mêmes questionnements, à la même inquiétude devant la pression que leur met la société pour rendre leur enfant « propre ». Et pour commencer, je vais déjà vous expliquer pourquoi chez nous, on ne parle pas de « devenir propre »… mais d’acquisition de la continence.

couches lavables, continence, pot

Alors… Il est propre?

En tout cas, il n’est pas sale…

Qui ne s’est jamais entendu poser cette question qui fâche ? La copine, la voisine, la mamie, la boulangère, le mari de la cousine de la collègue… bref, passé 18 mois, tout le monde s’inquiète subitement de savoir si notre enfant porte encore des couches, comme si c’était d’une importance capitale que Junior aille au pot dès ses premiers pas. Je réponds à ce genre de question que « oui, oui, il est propre… Par contre il porte encore des couches, il n’est pas encore continent ». Il me semble donc utile de préciser : mon enfant n’est pas sale parce qu’il porte une couche !

« Et ta mère? »

Ce genre de terme me hérisse le poil, parce que si on se met à la place de l’enfant, c’est tout de même terriblement humiliant de s’entendre dire qu’on n’est pas propre. Le fait de ne pas maîtriser ses sphincters ne fait pas de lui quelqu’un de sale… Ce terme très péjoratif est pourtant largement utilisé, y compris dans le milieu médical et celui de la petite enfance (ce que je trouve assez grave, personnellement). Cela pose un gros problème pour l’estime de soi de l’enfant.

Dirait-on d’une personne âgée qu’elle est sale, ou qu’elle n’est pas propre ? Ce ne serait pas vraiment respectueux, et on parle bien d’incontinence pour le 3e âge. Alors pourquoi le jeune enfant, lui, ne serait « pas propre »?

La « propreté », terreau de la VEO* ?

Outre le fait qu’on parle de l’enfant devant lui à la troisième personne, sans s’adresser à lui, en parlant de ses sphincters comme si on parlait d’un chiot à dresser (ce qui est une VEO), on le compare souvent ouvertement à ses camarades (ce qui en est une autre…): « parce que Machin, il est propre depuis ses 10 mois quand même hein ! Ah oui puis avec la rentrée qui approche, il serait temps ! »

Une humiliation ordinaire

Et alors on fait quoi ? On lui met une culotte et on le laisse se faire dessus pour satisfaire les mauvaises langues qui s’inquiètent de la continence de nos chérubins, comme si ça les concernait de près ou de loin ? Quoi de plus humiliant pour l’enfant qui n’est pas prêt, que d’être contraint de s’uriner dessus devant tout le monde, de subir les remontrances, les reproches et les moqueries parce qu’il a fait pipi dans sa culotte… C’est d’une grande violence psychologique, et cela risque de créer un blocage là où il n’y avait pourtant aucun problème. Forcer un enfant qui n’est pas prêt à enlever ses couches est une violence éducative, largement encouragée par la société à l’entrée en maternelle…

Mais plus on met la pression sur les parents, plus ils la reportent sur les enfants, et plus l’étape de la continence devient compliquée à gérer (subir?) pour tous. C’est donc une période assez propice à la violence éducative, tant la pression de la société est grande. Les livres de conseils pro-VEO sont légion, les commentaires d’autres parents sur les réseaux sociaux font parfois froid dans le dos: laisser l’enfant sur son pot jusqu’à ce qu’il y fasse ses besoins, lui interdire de boire passé 17h pour ne plus avoir de pipi au lit, lui donner un sticker à chaque fois qu’il fait dans son pot comme on donnerait une croquette à un chien… entre punitions et récompenses, qui sont toutes aussi néfastes l’une que l’autre, tous ces conseils visant à entraîner l’enfant à la « propreté » n’ont pour résultat que de stresser l’enfant et les parents encore plus.

Bon chien !

Le terme Anglais « potty-training » (littéralement « entraîner au pot ») est suffisamment clair sur l’idée de dressage sous-entendu par ces méthodes. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si l’expression pour parler de la continence du chien est aussi proche voire littéralement la même. En effet, on parle de « house-training » et de « potty training » aussi pour les chiens, qui laisse entendre clairement la notion de dressage dans ces termes. En France, l’expression « être propre » est également la même pour le chien que l’enfant. Mais pas pour les personnes âgées donc. Ce parallèle me pose, personnellement, un problème: mon enfant n’est pas un animal que je dois dresser.

continence, propreté: enfant sur les toilettes

La continence: apprentissage ou compétence naturelle ?

Quid du consentement de l’enfant ?

J’ai de nombreuses fois lu que l’acquisition de la continence n’était pas un apprentissage, et j’en suis également convaincue. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de dresser l’enfant à la continence en le posant sur le pot à heure fixe et en attendant que « ça vienne ». Je trouve par ailleurs ces méthodes assez violentes et néfastes pour l’enfant… Cela questionne également sur le respect du consentement de l’enfant : c’est son corps, mais l’adulte peut le contraindre à uriner (dans un récipient que lui-même n’utilise pas) quand bon lui semble, et ce même si l’enfant n’exprime pas le besoin de le faire. Qu’apprend-t’on à l’enfant en se comportant ainsi avec lui, si ce n’est que son corps ne lui appartient pas et que l’adulte a les pleins pouvoir sur lui ? Que l’adulte sait mieux que lui quels sont ses besoins physiologiques ? Tout ceci ne me semble pas très positif.

Et les bébés HNI alors ?

Il est vrai que je me suis questionnée, à savoir s’il existait un stade ou l’enfant est physiologiquement prêt, ou si c’est une légende et qu’il naît capable (cf. la HNI ou « hygiène naturelle infantile », pratiquée dans de nombreux pays du monde). Malgré de nombreuses discussions avec des personnes d’avis différents et de bons arguments des deux cotés, je n’ai pas réussi à avoir un avis tranché sur le sujet. Les deux me semblent cohabiter selon qu’on ai pratiqué ou non la HNI. Pour un enfant n’ayant pas fait de HNI, il me semble bien qu’il faille attendre qu’il soit prêt à retrouver ses sensations corporelles et à les reconnaître seul, puisqu’on lui a appris a les ignorer. Il serait donc physiquement capable, mais aurait perdu cette compétence puisque l’adulte n’a pas répondu à son besoin lorsqu’il l’a exprimé étant nourrisson. Quant à savoir s’il s’agit finalement d’être prêt physiologiquement ou psychologiquement, pour moi la question reste entière… Peut être bien les deux ? J’aimerais beaucoup connaître l’avis de parents ayant pratiqué la HNI sur cette question.

Et si on leur lâchait la grappe ?

Dans tous les cas, ici nous n’avons rien forcé du tout, nous l’avons laissé gérer sans stress, et le déclic s’est fait tout seul du jour au lendemain. Nous avons eu la chance d’avoir la possibilité de le faire, puisque notre école étant un peu spéciale et à très petit effectif pouvait l’accueillir avec ses couches si besoin. Je regrette vraiment la pression qui est mise sur les parents (et les enfants !) à ce sujet pour l’entrée en maternelle. Si on laissait chaque enfant aller à son rythme sans se poser autant de questions, cette étape serait bien plus sereine pour tout le monde…

Alors si vous voulez participer à rendre cette étape plus zen pour les enfants et leurs parents, commencez par bannir le mot « propreté » et le remplacer par « continence ». Et aussi (surtout!), cessez donc de demander si l’enfant est continent dès lors qu’il tient sur ses deux pieds. D’abord, ça ne vous regarde pas le moins du monde, mais en plus… on s’en fou totalement ! Il le sera, comme nous l’avons tous été.

Peu importe quand et comment ça arrivera, c’est à mon sens un apprentissage autonome qu’on ne peut forcer ni provoquer sans porter préjudice à l’enfant. De la même manière qu’on ne peut pas forcer l’enfant à marcher ou se tenir assit avant qu’il ne soit prêt à le faire de lui-même… On ne peut pas devancer les acquisitions.

Si ça peut vous rassurer, dites-vous qu’à 18 ans, les enfants sont tous continents et dorment tous dans leur lit (ou du moins, plus dans le nôtre ! ^^).

continence, propreté, devenir propre

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*VEO = violence éducative ordinaire

Photographe et maman de 35 ans passionnée par les pédagogies alternatives, j'aime partager avec mon fils des activités inspirées et inspirantes. Je n'ai pas encore déterminé qui de lui ou de moi s'éclate le plus... mais une chose est certaine, nous cultivons la joie et le plaisir au pied de notre Petit Baobab :)

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